À l’occasion du festival Entre Rhône et Saône, l’Orangerie du parc de la Tête d’Or à Lyon accueille jusqu’au 1er juillet 2026 l’exposition photographique immersive « Dé/s/Rives ». Porté par le collectif Blick Photographie, ce projet de grande envergure croise les regards de deux artistes passionnés. Chloé Colin et Loïc Xavier, autour des écosystèmes fluviaux du Rhône et de leurs secrets. Une déambulation poétique et écologique incontournable cet été.
Chaque hiver, les 500 mètres carrés de l’Orangerie du parc de la Tête d’Or abritent les plantes tropicales du Jardin botanique de Lyon. Mais à la période estivale, ce magnifique écrin de verre s’ouvre à l’art contemporain. Pour cette édition 2026, près de 150 photographies y sont ainsi exposées. Une expo photo offrant aux promeneurs une plongée fascinante et sensible dans l’univers mouvant des fleuves et de leurs affluents.
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Loïc Xavier : « S’ils pouvaient parler », le cri anthropomorphique des arbres du Rhône
Originaire de Roanne (au bord de la Loire) et Lyonnais d’adoption depuis 25 ans, le photographe Loïc Xavier a toujours vécu à proximité de l’eau. Pour l’exposition « Dé/s/Rives », il présente un travail à la chambre photographique intitulé S’ils pouvaient parler. Un outil exigeant qui lui permet de s’ancrer dans le territoire.
« L’outil me permet d’éprouver le paysage, de m’ancrer au sol. Ça m’oblige à ressentir véritablement le paysage et à poser mon regard un peu différemment. […] C’est un outil à la fois contraignant, mais qui m’aide énormément. »
Il s’apprêtait à photographier le cours d’eau de manière traditionnelle, Mais Loïc Xavier a rapidement réalisé que le fleuve avait déjà été abondamment immortalisé. Et par de grands maîtres. Il a alors choisi de lever son objectif vers la rive et de s’intéresser à un autre témoin capital : l’arbre.

« Je me suis rendu compte que c’était l’arbre… L’arbre était toujours présent et j’avais tendance à aborder l’arbre comme un individu, comme un personnage vivant, au même titre qu’un être humain. J’ai détourné ma chambre, au lieu de la tourner vers le bas vers le fleuve, je l’ai levée. […] Si les arbres pouvaient parler, qu’est-ce qu’ils nous raconteraient donc ? Et en fait, on voit que des arbres sont vraiment en mauvais point. Ils sont malades, desséchés, pourtant ils habitent à proximité du fleuve. »
À travers des formats monumentaux, l’artiste délivre un message écologique subtil… Invitant les visiteurs à poser un regard plus équilibré et attentif sur la souffrance de notre végétation face au dérèglement climatique.
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Chloé Colin : « Divagations », une fable mythologique sous l’eau du fleuve
Ancienne avocate en droit de la propriété intellectuelle spécialisée dans la protection du patrimoine culturel et naturel, Chloé Colin a opéré une reconversion artistique en 2012. Après avoir exploré le milieu forestier, elle s’est concentrée sur l’omniprésence de l’eau dans la région. Développant une démarche à la fois scientifique, participative et poétique baptisée Divagations…
« Quand j’ai appris que le mot divagation était en lien avec la question de la liberté de l’eau de couler, j’ai trouvé ça vraiment très poétique. Et c’est devenu mon point de départ. […] Pour moi, l’eau et ce mouvement circulaire incarnent vraiment la mémoire. »
En partenariat avec la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) et plusieurs syndicats de rivières, l’artiste a mené des enquêtes de terrain et des ateliers de médiation avec les habitants. Elle s’est approprié le mythe de la déesse Ondine. Pour imaginer une fable contemporaine, inspirée par les vagues de sécheresse et de canicule estivales…

« Je me suis imaginé Ondine qui ressort tous les étés. Et qui arrive dans un monde de plus en plus sec, à tel point qu’elle s’assèche et perd progressivement ses pouvoirs. À un moment donné, elle n’en peut plus, elle explose. Ses larmes sortent d’un coup et inondent complètement le monde. En inondant le monde, elle rebat un peu les cartes : les hommes, les poissons, les animaux. Tout se mêle et s’entremêle dans un nouveau territoire où chacun est plus au même niveau. »
Pour retranscrire cette immersion aquatique totale (série La part fluide du monde), Chloé Colin utilise des images capturées à des fins scientifiques dans les passes à poissons de la CNR. Elle retravaille ensuite ces textures à travers des techniques de tirage anciennes et prestigieuses comme la gravure photo et le procédé au platine-palladium, conférant aux visuels une matière grise, mystique et précieuse.
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Projet « Dé/s/Rives » : la photographie comme un puissant outil de lien social
Au-delà de la démarche esthétique individuelle de chaque artiste, le projet « Dé/s/Rives », mûri sur une période de trois ans (2023-2026) par Blick Photographie, tire sa force de sa dimension collective et humaine. Les deux photographes s’accordent sur le rôle social essentiel de leur médium.
Pour Chloé Colin, la création partagée est le cœur de son engagement.
« J’utilise vraiment la photographie comme un outil de lien social, pour recréer du lien par la création… La photographie questionne beaucoup l’identité. Être pris en photo ou prendre une photo, ce n’est pas anodin, il y a vraiment la question de l’image de soi. C’est un médium assez adapté pour réfléchir avec les autres. »
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Informations pratiques :
- Événement : Exposition « Dé/s/Rives » (Dans le cadre du festival Entre Rhône et Saône)
- Lieu : l’Orangerie du parc de la Tête d’Or, 69006 Lyon
- Dates : visible jusqu’au 1er juillet 2026
- Tarif : entrée libre et gratuite pour tous les publics
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