Coup de massue pour le monde des mobilités douces et de l’économie circulaire. La Métropole de Lyon a décidé de couper une enveloppe annuelle de 120 000 euros allouée aux ateliers participatifs et solidaires de réparation de vélos. Menaces sur l’emploi, recul social et incompréhension politique : les acteurs du réemploi sonnent l’alerte.
Devant l’hôtel de la Métropole de Lyon, place Gérard-Collomb, le cliquetis des clés plates et le tintement des sonnettes ont remplacé le silence des bureaux. Ce jeudi, plusieurs centaines de cyclistes et d’usagers ont répondu à l’appel du réseau de La CLAVette (Coordination Locale des Ateliers Vélo). En installant un atelier géant à ciel ouvert. Au centre des débats : la décision du nouvel exécutif métropolitain de supprimer sans préavis l’aide annuelle de 120 000 euros attribuée jusqu’ici à une quinzaine d’ateliers d’autoréparation vélo du territoire.
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120 000 euros en moins : le choc d’une rupture budgétaire pour les ateliers d’autoréparation vélo
Instauré sous Gérard Collomb puis reconduit à l’unanimité sous la mandature écologiste précédente, ce soutien financier représentait un pilier pour ces structures de quartier.
« On n’est pas très étonnés car nous n’avions plus de nouvelles depuis le début de l’été. Mais nous sommes très en colère », dénonce Perrine Segura, coordinatrice du réseau de La CLAVette.
« Cela ne représente que d’infimes pourcentages dans le budget métropolitain pour des structures qui rendent un véritable service public ». L’impact direct se chiffre déjà en emplois. Les structures les plus dépendantes du salariat pour encadrer le public, notamment à Oullins, Vénissieux ou Lyon 8e, font face à une précarisation immédiate.
Les licenciements ont commencé et certaines permanences risquent de fermer définitivement leurs portes. Vincent Jacobzone (Le Carrosse de Vincent) est en colère. Il est un habitué de ces ateliers d’autoréparation vélo, pour entretenir et réparer ses vélos cargo. Et il est adhérent, en particulier, au Cyclub, à Villeurbanne.
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« Une aberration sociale et écologique »
Pour Vincent Jacobzone, fondateur du Carrosse de Vincent, cette coupe budgétaire traduit une profonde déconnexion avec la réalité du terrain.
« Supprimer ces subventions sous prétexte d’économies de bouts de chandelle est un contresens absolu. Ces ateliers ne font pas que visser des écrous. Ils créent du lien social, favorisent l’autonomie. Et ils maintiennent en état de rouler des vélos populaires que les vélocistes traditionnels refusent souvent de réparer. En privant ces lieux de moyens, on pénalise directement les Lyonnais. Ceux qui ont choisi le vélo par conviction ou simplement par nécessité économique face au coût de la vie. »
Vincent Jacobzone rappelle également le rôle d’entraînement de tout l’écosystème. « Nous ne sommes pas concurrents des commerces, nous sommes complémentaires. Les ateliers évitent que des tonnes de pièces détachées ne partent en déchetterie et redonnent vie à des vélos abandonnés. Couper les vivres à l’économie circulaire au moment où l’on parle de transition écologique, c’est incompréhensible. »
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Rodrigue Ogoubi Yao (Janus France) : « Les quartiers prioritaires sacrifiés »
L’inquiétude est tout aussi vive du côté de Janus France. Une ssociation pionnière implantée notamment à Oullins, qui conjugue autoréparation, vélo-école et chantiers d’insertion. Pour son directeur, Rodrigue Ogoubi Yao, l’amputation de cette subvention frappe au premier chef les populations les plus vulnérables.
« Chez Janus France, notre engagement a toujours été d’amener la mobilité là où elle est la moins accessible. En particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). La subvention métropolitaine ne servait pas à faire du confort. Elle permettait d’avoir des salariés pour former les bénévoles et sécuriser les usagers. »
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Le directeur de Janus France met en garde contre les répercussions immédiates de ce désengagement. « Si vous enlevez le coup de pouce public, c’est l’équilibre même de la solidarité locale qui s’effondre. Les ateliers d’autoréparation permettent à des familles modestes de se déplacer au quotidien pour aller travailler ou faire leurs courses. Si ces ateliers ferment, c’est une double peine pour les habitants des quartiers populaires. Déjà oubliés par les grandes politiques d’aménagement… »
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Mobilité du quotidien contre « vélo-bashing » politique
Avec plus de 7 000 bénéficiaires recensés dans la métropole lyonnaise, le modèle de l’autoréparation participative répond à une demande exponentielle. Alors que les comptages sur les Voies Lyonnaises démontrent une fréquentation cycliste record, les ateliers débordent déjà et peinent à satisfaire les sollicitations pour l’entretien et l’achat de vélos réemployés.
Sur le plan politique, les associations dénoncent une décision idéologique. Après le changement de gouvernance à la tête de la Métropole de Lyon désormais présidée par la droite, le réseau craint d’être la victime collatérale d’un revirement anti-vélo. Si la CLAVette dispose encore d’un sursis de deux ans grâce à une convention-cadre votée début 2026, les 15 ateliers locaux se retrouvent, eux, immédiatement asphyxiés.
Le réseau associatif réclame l’inscription d’urgence du vote de ces subventions à l’ordre du jour du conseil métropolitain prévu ce lundi 28 septembre. Cyclistes, salariés et bénévoles ont prévenu : la mobilisation continuera tant que la Métropole refusera d’ouvrir le dialogue… Ce jeudi 24 septembre, les grilles de l’institution sont restées closes.
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