150 ans du Vinatier : de l’asile au campus de la santé mentale

dome

Le Quart d'heure Lyonnais
Le Quart d'heure Lyonnais
150 ans du Vinatier : de l’asile au campus de la santé mentale
Loading
/

Niché aux portes de Lyon, sur la commune de Bron, le centre hospitalier du Vinatier s’apprête à franchir un cap historique. En cet automne 2026, l’établissement célèbre ses 150 ans d’existence. Longtemps protégé derrière ses hauts murs, cet immense domaine de verdure invite désormais les Grands Lyonnais à franchir ses grilles à travers une saison riche en rencontres, conférences et événements culturels.

Raconter le Vinatier, c’est avant tout raconter l’évolution du regard de notre société sur la vulnérabilité et la maladie mentale. Pour comprendre cette trajectoire singulière, rencontre avec Rémy Louchard, cadre supérieur de santé, infirmier au Vinatier depuis 32 ans et mémoire vivante de l’institution.

Ecoutez aussi : Résidence Logited, modèle d’habitat inclusif pour sourds et autistes

150 ans du Vinatier

Une naissance au cœur des turbulences politiques du XIXᵉ siècle

Si l’hôpital ouvre officiellement ses portes en 1876, la genèse du projet remonte à la célèbre loi de 1838 sur les « aliénés », portée par les théories de Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol.

Dès lors, chaque département devait se doter d’un établissement spécialisé. Pourtant, près de 50 ans seront nécessaires pour que le Rhône concrétise le chantier. Pourquoi un tel délai ?

Comme l’explique Rémy Louchard :« Le Vinatier reflète une époque d’instabilité politique : entre 1789 et 1838, il n’y a que 50 ans, avec des alternances de Républiques, d’Empire, de monarchies… Les événements politiques font que la cause des personnes aliénées avance lentement. Et après 1838, il faut encore du temps pour dégager les moyens. N’oublions pas qu’en 1871, c’est la chute de l’Empire et la défaite de Sedan, un véritable séisme national. C’est dans cette reconstruction que le Vinatier s’inscrit. »

Ecoutez le podcast

Les 150 ans du Vinatier

Pourquoi l’implantation s’est-elle faite à Bron ?

Plusieurs sites avaient été initialement envisagés : Lyon Sud (accès difficile), l’Île Barbe (trop inondable) ou encore Monchat (terrains déjà trop onéreux). Le choix s’est finalement arrêté sur Bron, qui n’était alors qu’un village rural.

La commune y voyait l’opportunité de se désenclaver et d’obtenir des routes modernes reliant Lyon, même si l’emprise colossale de 120 hectares créa initialement quelques frictions de voisinage. D’où vient le nom « Vinatier » et quelle était sa vision originelle ?Conçu par les architectes Louvier selon les principes asilaires d’Esquirol, le lieu se voulait un « village modèle », symétrique, aéré et autonome.

« L’accès à la nature était fondamental : pour les soins de l’époque, il y avait l’hydrothérapie, les travaux des champs, le bon air, la bonne eau et les perspectives paysagères. La nature servait aussi à nourrir les résidents, d’où la création de fermes dès l’origine. » rappelle Rémy Louchard.

150 ans du Vinatier
Rémy Louchard

C’est d’ailleurs à la terre que l’établissement doit son nom. « Le Vinatier est historiquement le lieu où l’on fait le vin, en référence à l’ancien pressoir du domaine du Mas des Tours. Les vignes, elles, sont toujours bien présentes aujourd’hui ! » précise-t-il.

Initialement prévu pour 600 pensionnaires, l’asile accueille plus de 1 000 personnes dès l’hiver 1876-1877, témoignant très tôt d’une surpopulation chronique.

Ecoutez aussi : Major Cogito veut faire pétiller la mémoire des seniors

150 ans du Vinatier

Les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale constitue indéniablement la page la plus douloureuse de l’histoire hospitalière. Durant le conflit, environ 2 000 patients périssent de faim et de privations au Vinatier.

Rémy Louchard tient toutefois à nuancer les débats historiques autour d’une quelconque « volonté génocidaire ». « Il n’y a pas eu d’extermination délibérée comme certains l’ont écrit dans les années 70. C’est un abandon de la société envers tous ses publics vulnérables. En tant qu’établissement public, la production agricole des fermes était réquisitionnée. Les malades, coupés de leurs familles et sans accès au marché noir, ont subi de plein fouet un rationnement mortel. »

Cette période tragique verra cependant émerger des actes de bravoure médicale. Des soignants récupérant du sang aux abattoirs de Lyon pour fabriquer des fortifiants. Ou l’arrivée du docteur Paul Balvet venu de l’hôpital de Saint-Alban, apportant les prémices de la psychothérapie institutionnelle.

Ecoutez aussi : Miroir Miroir : si la danse était le secret de l’éternelle jeunesse…

La désinstitutionalisation : faire tomber les murs

Après-guerre, le mot d’ordre devient « plus jamais ça ». Dès les années 1960 et 1970, la psychiatrie amorce son grand virage extra-hospitalier. Pour aller soigner les gens là où ils vivent.

Des dispensaires et centres médico-psychologiques s’ouvrent à Villeurbanne et dans l’Est lyonnais. Tandis que les patients au long cours sont réinsérés dans la cité. Même physiquement, l’hôpital s’ouvre. Le mur d’enceinte historique est en partie abattu lors de l’arrivée du tramway.

ancien hôpital

« Aujourd’hui, le Vinatier est le 3ᵉ plus grand parc de l’agglomération lyonnaise après la Tête d’Or et Parilly. Les gens viennent y courir, s’y promener. Nous sommes passés d’une logique où l’on créait une cité fermée pour les malades, à une logique où l’on réaccompagne pleinement chacun vers la société. » souligne Rémy Louchard.

En 2024, l’établissement franchit un cap symbolique en devenant Le Vinatier – Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole. Affirmant sa double mission de recherche académique d’excellence et d’ancrage territorial.

Ecoutez aussi : Léa Vigier : bipolaire mais pas folle…

Festivités des 150 ans du Vinatier : le programme de septembre à décembre 2026

En France 1 personne sur 5 est ou sera confrontée à des troubles psychiques au cours de sa vie. Ces 150 ans ont pour vocation première de déstigmatiser la santé mentale et d’encourager le dialogue libre.

Voici les rendez-vous majeurs ouverts à tous les Grands Lyonnais

  • Du 16 septembre au 30 octobre : Exposition photo « Photographier le sensible » sur les grilles extérieures du boulevard Franklin Roosevelt, mettant en valeur le regard des artistes sur le soin et la psychiatrie.
  • 18 et 19 septembre : Journées Européennes du Patrimoine. Visites guidées thématiques « Spécial 150 ans » organisées avec la Ferme du Vinatier et l’Office de Tourisme de Bron.
  • 22 septembre (18h) : Conférence « La santé mentale des adultes » à la Médiathèque Jean Prévost de Bron (équilibre de vie, travail et prévention).
  • 25 et 26 septembre (10h-17h) : Grandes Journées Portes Ouvertes du campus. Embarquez dans un parcours en petit train pour découvrir le parc, les centres de recherche et les dispositifs innovants à travers des animations interactives.
  • 10 octobre (après-midi) : Concert de dub gratuit à la Ferme du Vinatier, en partenariat avec le label Jarring Effects (artistes Baku et Uzul), alliant création artistique et sensibilisation.
  • 22 octobre : Ciné-débat « Arrête ton cinéma » au cinéma Les Alizés à Bron, consacré à la santé mentale des adolescents (en collaboration avec l’INSERM et FLAURA).
  • 12 novembre (18h) : Conférence « Alors on pense ? » à l’Université Lumière Lyon 2 (Quais du Rhône), axée sur les défis des jeunes adultes et étudiants.
  • 3 décembre (18h-20h30) : Conférence « Santé mentale des seniors » à la Médiathèque du Bachut (Lyon 8ᵉ), en partenariat avec l’Université Tous Âges.
  • 16 décembre : Illumination du jardin des vignes, clôture festive avec un parcours lumineux et artistique au cœur du nouveau verger de l’hôpital.

Ecoutez aussi : Alzheimer : « ralentir la maladie, c’est déjà apporter un confort »

dome

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *