Toiles saturées de pigments vifs, silhouettes découpées et énergie brute : à 75 ans, Didier Chamizo conserve l’allure d’un insoumis. Figure singulière de l’art contemporain et précurseur autodidacte du street art, le peintre vient de passer une semaine entière au cœur du campus Saint-Paul de l’Université Catholique de Lyon (UCLy).
C’est un lieu chargé d’histoire : les amphithéâtres actuels de l’UCLy occupent les murs de l’ancienne prison lyonnaise où l’artiste Didier Chamizo a purgé une grande partie de ses 17 années de détention. Invité d’honneur de l’université, l’ex-braqueur y a animé un atelier de peinture partagé avant de dévoiler son exposition rétrospective.
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De la cellule à la toile : une liberté chevillée au corps
Entre les murs austères de Saint-Paul et Saint-Joseph, Didier Chamizo a connu l’univers carcéral dans ce qu’il avait de plus rude. Son arrivée entre ces murs résonne encore avec une dérision lucide
« Quand je passais en bagnole même et que j’étais plus jeune, j’ai toujours croisé les doigts en passant devant. Et puis malheureusement après, j’ai décroisé les doigts en rentrant dedans ! C’était dur parce que j’ai connu l’époque des seaux hygiéniques, il n’y avait pas de toilettes, la douche c’était un tuyau au plafond où on passait une fois par semaine… »

Pourtant, malgré huit années passées en quartier de haute sécurité (QHS), l’artiste refuse tout statut de victime ou de résigné. Un accident de la route survenu durant une permission (« une voiture en pleine gueule sur l’autoroute », deux ans en fauteuil roulant) bouleverse sa perception de l’existence : « Je me suis rendu compte que les Autres, avec un A majuscule, existaient ». Il fait alors de la peinture son sanctuaire absolu :
« Dès que j’ai compris qu’on ne pouvait pas me mettre des barreaux dans la tête, j’ai pu exister. La prison, c’est un très long et sale quart d’heure. Mais j’en ai fait quelque chose. »
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Les fresques de Didier Chamizo dans le tunnel Saint-Paul / Saint-Joseph à Lyon
L’empreinte indélébile de Chamizo demeure ancrée sous le béton lyonnais. À la fin des années 1980, avec son codétenu Jean-Louis Escoffier, il obtient l’autorisation d’occuper les chaleurs de l’été en peignant le tunnel souterrain de soixante mètres reliant les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph.
L’artiste y déploie des fresques monumentales : des scènes maritimes pour conjurer l’enfermement, des évocations de la guerre au Liban, mais surtout un manifeste politique inattendu.

« Le lien de tout ça, c’était les Droits de l’Homme. Bien entendu, dans le programme officiel, je n’avais pas dit que j’allais peindre les droits de l’Homme dans la tôle ! J’ai fait un gros robinet et j’ai commencé à écrire les droits de l’Homme en russe, en japonais, puis en français, en italien… Et là, ils ont dit : « Merde, Chamizo nous peint les Droits de l’Homme dans le truc ! » Ils ont tout arrêté. »
Le chantier est interrompu, mais les gardiens et la direction ne passent jamais de peinture blanche sur les fresques. Préservé lors de la réhabilitation du site en pôle universitaire, ce couloir souterrain est aujourd’hui classé. Et ponctuellement ouvert lors des Journées du Patrimoine.
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Un atelier intergénérationnel et le regard tourné vers la jeunesse
Revenu sur les lieux de son incarcération, Didier Chamizo n’est pas venu en simple témoin du passé. Durant sa résidence à l’UCLy, il a coordonné un atelier de peinture participatif ouvert aux étudiants comme aux membres du personnel administratif et enseignant.
Face aux jeunes générations, l’échange a rapidement dépassé la simple technique picturale. Questionné sur sa légitimité de pionnier face à l’essor contemporain de l’art urbain, Chamizo sourit :
« Je suis un des mecs qui a fait du street art avant que ça s’appelle du street art. Ce qui est intéressant avec le street art, c’est la réappropriation du mur par la rue. De sortir la couleur hors du musée. Quand les étudiants voient mes toiles, ils se disent : « Merde, c’est très jeune tout ça ! ». Mais bon, on va sauter de l’adolescence au cercueil. » rires.
Ce retour lyonnais prend aussi des allures de plébiscite populaire pour le peintre. Didier Chamizo s’étonne encore de la ferveur croisée : « Voir tout le monde qui souriait, qui faisait coucou dans la rue… Je me suis dit : merde, on dirait un champion de foot ! »
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« Sans les Murs » : les dates de l’exposition à la Rotonde
Pour prolonger cette immersion dans l’univers d’un créateur affranchi des conventions, l’Université Catholique de Lyon accueille une sélection des œuvres emblématiques de Didier Chamizo.
L’exposition « Sans les Murs » est installée sur le balcon de la Rotonde. Au cœur du campus Saint-Paul (10, place des Archives, Lyon 2e). Elle est accessible au public jusqu’au 19 novembre. L’occasion de découvrir ainsi comment l’art brut et les constructions de lettres de Chamizo ont fini par triompher de l’enfermement…
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