Sécheresses récurrentes, pollutions aux pesticides, scandales sanitaires et batailles autour des méga-bassines : l’accès à une eau saine et abondante n’est plus garanti. À l’occasion d’une conférence publique et gratuite au Centre Culturel et de la Vie Associative (CCVA) de Villeurbanne ce mercredi 23 septembre 2026, la journaliste d’investigation Juliette Duquesne invite à repenser notre modèle économique et alimentaire.
Alors que les restrictions d’arrosage et les coupures d’eau au robinet se multiplient chaque été dans l’Hexagone, la question de la gestion des ressources hydriques quitte le strict champ technique pour devenir un enjeu politique de premier plan. Autrice avec Pierre Rabhi de l’enquête « L’eau que nous sommes – un élément vital en péril » (éditions J’ai Lu), Juliette Duquesne sillonne la France pour alerter sur ce qu’elle qualifie de dérive structurelle.
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Une crise structurelle amplifiée par le dérèglement climatique
Interrogée sur la nature de la crise de l’eau actuelle, Juliette Duquesne rappelle que les tensions d’aujourd’hui s’enracinent dans des décennies de fuite en avant.
« Nous sommes dans une crise structurelle. Au cours du XXe siècle, on a augmenté notre consommation d’eau 1,7 fois plus vite que la population mondiale. Nous consommons beaucoup trop d’eau. Et à cela s’ajoutent les impacts considérables du réchauffement climatique. Avec le réchauffement, il n’y a pas moins de pluie sur la planète. Mais il y a des périodes de sécheresse plus intenses et des pluies plus violentes. Cela met en lumière le fait que nous consommons trop d’eau, mais surtout que nous la polluons beaucoup trop. »
Entre les pollutions aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS ou « polluants éternels ») qui touchent particulièrement la région lyonnaise et la contamination chronique des cours d’eau par les résidus de pesticides, la qualité de la ressource est mise à mal jusque dans nos verres.
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Agriculture et mégabassines : la nécessité de poser la question du « pourquoi »
En France, l’agriculture représente près de 58 % de la consommation annuelle d’eau. Un chiffre qui grimpe à 80 % en période estivale. Juliette Duquesne pointe du doigt l’orientation des politiques agricoles et le développement de stockages contestés, pour expliquer la crise de l’eau.
« Il ne s’agit pas d’accuser les agriculteurs, qui subissent de plein fouet cette raréfaction. Mais nous irriguons beaucoup plus de céréales. Notamment du maïs, pour nourrir des élevages industriels parce que nous consommons trop de viande. Pour les méga-bassines ou la réutilisation des eaux usées, la vraie question à se poser est : pourquoi irrigue-t-on ? Est-ce que cela participe à l’autonomie alimentaire du territoire ? Si l’on crée des réserves en pompant dans les nappes en hiver pour arroser du maïs dopé aux pesticides, on aggrave le problème. »
La journaliste met également en garde contre les illusions techniques entourant la réutilisation systématique des eaux usées. « L’eau qui sort des stations d’épuration n’est pas perdue. Elle alimente les cours d’eau et permet à la faune et à la flore de vivre. L’enjeu prioritaire reste la réduction à la source de notre consommation globale. »
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Les Carnets d’Alerte
Agroécologie et démocratie locale : les pistes de Juliette Duquesne pour sortir de l’impasse
Face à ces impasses, des solutions viables et éprouvées existent déjà sur le terrain. Juliette Duquesne plaide pour une transition vers l’agroécologie paysanne. Conjuguée à une réduction de moitié de la consommation carnée en Europe…
« On pourrait tout à fait nourrir l’Europe avec un autre modèle agricole. En réduisant de 50 % la consommation de viande et avec des animaux nourris à l’herbe… Cela demande au moins deux fois plus de paysans, et qu’ils puissent vivre dignement de leurs prix sans que tout repose sur la grande distribution. Des initiatives comme les supermarchés coopératifs ou la Sécurité sociale de l’alimentation (ndlr : testée notamment dans la métropole de Lyon), montrent la voie. »
Au-delà de la fourchette, c’est l’échelle de décision qui doit changer. Pour Juliette Duquesne, l’eau doit redevenir le moteur d’un renouveau démocratique au plus près des bassins versants :
« L’eau voyage très mal, quoi qu’on en dise. On le voit avec les convoitises autour de l’eau du Rhône. L’eau ne peut se gérer qu’à l’échelle des territoires. C’est un élément qui peut susciter des guerres d’accaparement. Mais c’est aussi un formidable vecteur de démocratie. Les citoyens veulent être consultés et impliqués dans les décisions de gestion de ce bien commun. »
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Informations pratiques de la conférence
- Événement : Conférence-débat avec Juliette Duquesne : « L’eau : un bien commun indispensable et convoité »
- Date et heure : Mercredi 23 septembre 2026 à 18h30
- Lieu : Centre Culturel et de la Vie Associative (CCVA), 234 cours Émile-Zola, 69100 Villeurbanne
- Entrée : Gratuite et ouverte à tous
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