Faire pousser des légumes au milieu du béton, sur une parcelle collective ou sur les toits d’une copropriété : l’agriculture urbaine séduit autant qu’elle questionne. À Villeurbanne, dans le quartier de la Soie, les initiatives citoyennes se multiplient avec des approches très contrastées. De passage dans la métropole lyonnaise, Hiba, architecte et curatrice d’art tunisienne, est venue étudier ces modèles de près afin d’installer un potager perché sur le toit d’une galerie d’art contemporain à Sousse. Entre contraintes techniques, émerveillement des récoltes et impératif de cohésion humaine, plongée au cœur de deux expériences villeurbannaises.
Lauréate d’un programme d’échange culturel soutenu par le Goethe-Institut, Hiba mène un voyage d’étude ciblé pour observer l’organisation des jardins collectifs lyonnais. Son objectif : adapter ces méthodes sur le toit de l’Elbirou Art Gallery, à Sousse.
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De Lyon à Sousse : semer les graines de la transition écologique
Pour l’architecte, ce jardin perché constitue le point de départ d’une démarche écologique globale au sein d’un bâtiment autonome.
« L’idée, c’est de transmettre le savoir lyonnais à Sousse. Transformer la toiture en un jardin partagé qui va abriter un échange entre scientifiques, artistes, bricoleurs et enfants du quartier. C’est une accroche pour commencer la transition écologique de tout le bâtiment. » raconte Hiba, architecte et curatrice d’art
Si le concept reste encore inédit à Sousse, le projet fédère déjà plusieurs partenaires locaux, de la municipalité aux écoles du quartier en passant par l’Institut des beaux-arts.
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Résidence Organza : les réalités d’un jardin partagé sur les toits
Pour mesurer les contraintes concrètes du maraîchage en hauteur, étape à la résidence Organza, au Carré de Soie. Lors de la construction de l’immeuble, trois terrasses de tailles différentes ont été pourvues de terre végétale pour créer des jardins partagés dans ce quartier de la Soie.

Accompagnés par l’association Le Passe-Jardins, les habitants ont structuré leurs bacs selon les principes de la permaculture. Tomates, petits fruitiers, courges et aromates ont vite colonisé les lieux, avec un pic d’activité marquant durant les confinements liés au Covid-19.
Mais jardiner sur un toit n’est pas simple : exposition plein sud, réverbération de la chaleur et logistique d’arrosage complexe. « Le poids est limité sur la terrasse, donc le récupérateur d’eau doit rester en bas. Quand on est trop peu, on fatigue vite. Ce n’est pas un échec, c’est plutôt en dormance. Il reste une bonne entente, un composteur de copropriété qui fonctionne très bien, et l’envie de relancer des “apéro-arrosages” au printemps. » explique Charlotte, résidente d’Organza
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Les Jardins à Soie : la force du 100 % collectif en pleine terre
À quelques encablures, au 45 rue de la Soie, l’atmosphère change radicalement. Aménagée aux confins du quartier de l’Amande et des grands ensembles récents, l’association des Jardins à Soie cultive une parcelle triangulaire mise à disposition par la municipalité.

Eux aussi accompagnés par Le Passe-Jardins pour concevoir 16 plates-bandes potagères, une pergola et des bacs surélevés pour personnes à mobilité réduite, les 22 adhérents appliquent un principe immuable : aucune parcelle individuelle.
« Il n’y a pas de parcelles individuelles chez nous. On prend les décisions ensemble : qu’est-ce qu’on a envie de jardiner cette saison ? On se relaie pour arroser, on entretient, puis on partage les récoltes. Même pour des adultes, voir la graine qu’on a semée pousser puis donner des tomates, c’est un émerveillement. » s’enthousiasme Lydie Gonin, présidente des « Jardins à Soie »
Ici, la balance sert à consigner le poids global des récoltes sur un carnet, mais jamais les quantités individuelles. L’essentiel réside dans la transmission, la convivialité et la création d’un îlot de fraîcheur au milieu des barres d’immeubles.
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Cultiver le végétal, préserver le collectif
Que les racines plongent dans la terre meuble ou dans des bacs suspendus, ces deux initiatives rappellent une même règle : la technique s’apprivoise, mais la pérennité dépend toujours de la mobilisation citoyenne. Une expérience de terrain précieuse pour Hiba avant de semer ses premières graines sur le toit de Sousse.
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