Nuit du Design 2026 Lyon : réparer, soigner et innover

Nuit du Design 2026 à Lyon

Nuit du Design 2026 à Lyon à l'Omarterie

Le Quart d'heure Lyonnais
Le Quart d'heure Lyonnais
Nuit du Design 2026 Lyon : réparer, soigner et innover
Loading
/

À l’heure où les impératifs de transition écologique, de réindustrialisation et de sobriété redéfinissent nos modes de vie, le design s’émancipe définitivement du simple habillage cosmétique. Pour sa deuxième édition, la Nuit du Design Lyon 2026 a posé ses valises à l’Omarterie, lieu hybride de création situé sur le toit du Centre d’Echanges de la gare de Perrache.

Organisé dans le cadre de la France Design Week par le réseau professionnel Designers+, la Nuit du Design Lyon 2026 a rassemblé créateurs, chefs d’entreprise, étudiants et citoyens autour d’un mot d’ordre fédérateur : « Changer de Regard ». L’objectif ? Sortir la discipline de ses clichés pour en faire une véritable boussole stratégique, éthique et sociétale.

Deux grandes figures de la scène créative ont partagé leur vision à notre micro. Mirabelle Pezier, déléguée générale de Designers+, le réseau des designers indépendants de la région. Et la designer internationale matali crasset, invitée d’honneur.

Nuit du Designe 2026 à Lyon
Mirabelle Pezier

Démocratiser « LES designs » : le combat de Mirabelle Pezier (Designers+)

Pour Mirabelle Pezier, designer et déléguée générale de Designers+, l’enjeu premier de cette soirée est avant tout pédagogique et culturel :

« La Nuit du Design a la vocation à la base de démocratiser le design, et surtout de montrer LES designs. On a tendance à penser plutôt design produit ou design d’objet, alors qu’il y a du design graphique, du design social, du design textile, du design sur la santé, de l’espace… Il y a des designs, et ça, les gens ne le savent pas. » confie Mirabelle.

Ecoutez le podcast

Nuit du Design 2026 à Lyon

Cette pluralité souffre pourtant d’un frein récurrent : la tendance à n’intégrer la démarche créative qu’en toute fin de parcours. Un contresens que déplore fermement la responsable du réseau.

« Le design est souvent pris en maillon final de la chaîne. C’est très dommage parce que c’est en amont qu’il faudrait prendre le design : c’est là qu’on transforme les choses en fait ! Être une petite pierre à la fin ne participe pas à une cohérence globale d’un projet. »

matali crasset

Ecoutez aussi : Bobi Réemploi veut révolutionner le bâtiment par le réemploi

Un outil stratégique fondé sur le besoin réel

Loin d’un artifice superficiel, le design s’apparente à une méthodologie rigoureuse, à l’image du design d’expérience utilisateur (UX) ou de la communication de marque.

« Le design, c’est tout sauf un gadget ! Ça a une utilité, il y a une esthétique aussi, mais c’est avant tout l’utilité et le sens. Le design UX, c’est basé sur les besoins réels des utilisateurs. En design graphique, par exemple, je crée des histoires visuelles pour donner un sens, fédérer l’entreprise et raconter ses valeurs. »

Face à la rentabilité souvent questionnée par les dirigeants, Mirabelle Pezier rappelle le retour sur investissement tangible d’une identité soignée ou d’un service bien pensé.

« Quand je crée une identité et qu’ensuite on arrive à être identifiable, visible, reconnaissable et qu’on se remémore l’entreprise, forcément ça crée un lien durable. »

Ecoutez aussi : Le Jacquard Français : excellence et écoresponsabilité…

matali crasset : réparer, soigner et enrichir le quotidien

Invitée exceptionnelle de cette Nuit du Design 2026, la designer matali crasset a trouvé dans l’écrin de l’Omarterie un écho direct à ses engagements.

« C’est un lieu qui est en cours de restructuration. Donner une place pour la création, je trouve ça très intéressant : il y a des résidences pour des graphistes, on vient y faire des événements où l’idée est de se rencontrer et de discuter ensemble des enjeux d’aujourd’hui. »

matali crasset
matali crasset

Interrogée sur le rôle du design en 2026, matali crasset plaide pour une démarche hybride, intrinsèquement européenne, qui conjugue exigence plastique et finalité citoyenne.

« J’essaie de pousser assez loin le curseur de l’artistique et du social en même temps. Je me suis aperçue qu’aux États-Unis, par exemple, on est soit dans un domaine culturel, soit dans un domaine social, mais on ne peut pas mélanger les deux. C’est une spécialité européenne, voire même française, et il faut la tenir. »

Ecoutez aussi : Le Crépin de Lyon (Maison Baudière) : l’histoire vivante du cuir

« Le design n’est pas là pour créer artificiellement des besoins »

Pour matali crasset, l’époque de la surenchère consumériste est révolue. Le designer moderne n’est plus un pourvoyeur de nouveautés futiles, mais un praticien des équilibres.

« On parlait beaucoup d’innovation, il fallait innover, innover… Aujourd’hui, je trouve que mon travail est plus là pour soigner, voire même réparer. Il s’agit de ne pas créer artificiellement des besoins, comme on a pu le faire ces dernières années, mais plutôt de revenir à des choses plus fondamentales. »

Cette logique s’incarne particulièrement dans la conception de nos environnements.

« Le design, c’est une logique. Moi, je travaille sur les scénaris de vie : comment on enrichit les scénarios de vie, comment le vécu devient plus intéressant, avec des objets, des structures, et comment on accompagne le changement en trouvant de nouvelles logiques dans des endroits où l’on a besoin de bifurquer. »

Ecoutez aussi : Voily’s réinvente la descente d’eau pluviale

Éco-conception et réemploi : le design face à l’urgence environnementale

La question écologique s’est imposée comme le fil rouge des débats de cette édition lyonnaise. Alors que Designers+ anime la commission « Du déchet au design », Mirabelle Pezier insiste sur le principe de réalité qui incombe aux professionnels :

« L’éco-conception, pour moi, c’est avant tout le mot « compromis ». Par exemple, on peut réduire le nombre d’exemplaires d’un support, avoir un papier recyclé et des encres éco-conçues. C’est en train d’arriver dans les écoles avec des modules de RSE et d’éco-conception graphique. »

Cette responsabilité partagée se traduit également dans les partenariats industriels. Comme le souligne matali crasset, l’avenir repose sur des écosystèmes soudés.

« Je collabore avec des Entreprises du Patrimoine Vivant, parce que je pense qu’elles sont déjà dans le monde de demain. On va pouvoir collaborer avec les entreprises où il y a un corps social uni pour affronter les challenges. »

Ecoutez aussi : Atelier Emmaüs : des meubles design à partir de récup

Le design au service du bien commun : de la signalétique à la santé

Autre enseignement marquant de cette Nuit du Design 2026 : l’expansion du design dans le secteur public et médical. Le design s’empare désormais du parcours patient en chimiothérapie ou de la signalétique en établissement pour personnes dépendantes (EHPAD).

Mirabelle Pezier cite ainsi l’exemple probant d’un projet universitaire mené pour repenser les repères visuels des résidents.

« Les personnes âgées ne reconnaissaient plus les pictogrammes abstraits habituels. Il fallait associer le symbole visuel explicite au mot écrit pour qu’ils puissent enfin s’orienter en toute autonomie. »

Ecoutez aussi : Rainbeau : du mobilier urbain capable de collecter l’eau de pluie

Pourquoi associer les designers dès le lancement de vos projets ?

En clôture de cette soirée sur les toits de Perrache, le message des organisateurs et des intervenants s’adressait directement aux décideurs économiques et aux collectivités locales : n’attendez pas la fin de vos projets pour consulter les designers.

Comme l’a résumé avec enthousiasme Mirabelle Pezier. « Il faudrait qu’on nous appelle plus tôt pour qu’on puisse discuter en amont des projets, leur montrer où l’on peut apporter des clés pour démultiplier l’impact. Et ça n’engage à rien de venir échanger avec nous : en plus, on est très sympas ! »

En redonnant la priorité aux usages, à la sobriété matérielle et au sens, la Nuit du Design Lyon 2026 aura brillamment démontré que le design ne sert pas à séduire le regard, mais bien à transformer durablement notre société.

Ecoutez aussi : Eugénie Forno : la « diplomatie du végétal » pour sauver un cactus

Dégustations de cactus, figues de Barbarie et autres produits dérivés du cactacées autour de l’artiste designer Eugénie Forno

  • Nuit du Design 2026 à Lyon
  • Nuit du Design 2026 à Lyon
  • cactus food
  • Nuit du Design 2026 à Lyon
  • recettes cactus
  • cactus confit

Informations pratiques – Nuit du Design Lyon

Lieu : L’Omarterie

Organisation : Réseau Designers+ dans le cadre de la France Design Week

Format : Ateliers thématiques (Zoepolis, créativité, pitch), Petit Salon du Design, conférences et rencontres Meet Your Designer.

Nuit du Design 2026 à Lyon
Nuit du Design 2026 à Lyon à l’Omarterie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *