Face à l’urgence climatique et à la flambée des coûts des matériaux, le secteur du bâtiment cherche son second souffle. À Lyon, l’entreprise Bobi Réemploi s’impose comme un acteur clé de l’économie circulaire en transformant les « déchets » de chantiers en ressources précieuses.
Installée au 53 rue Sidoine Apollinaire, dans des locaux autrefois occupés par les Compagnons du Devoir, l’entreprise Bobi Réemploi a voulu faire de son propre siège une démonstration technique de son savoir-faire.
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Une vitrine grandeur nature dans le 9ème arrondissement de Lyon
Sophie Lambert, ingénieure diplômée de l’École Centrale de Lyon et cofondatrice de l’entreprise, se souvient du point de départ :
« On est parties de zéro, c’était un plateau brut. Et on a aménagé nos bureaux dans lesquels on a mis en œuvre à la fois des cloisons amovibles de réemploi, du plafond de réemploi… On est parti avec un plafond en contreplaqué bois qui est en fait un déchet d’emballage d’un fabricant de sol. »
Du câblage électrique (Bobi Réemploi est l’un des chantiers pilotes pour une filière de reconditionnement de câbles) aux équipements sanitaires, en passant par les luminaires, les racks de stockage et le mobilier, tout a été chiné et réintégré. L’entrée accueille même un sol en Terrazzo unique, conçu à base de débris (carrelage, tuiles, briques) coulés dans du plâtre et récupérés directement sur d’autres zones en chantier du bâtiment.
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Le réemploi : une expertise technique et réglementaire obligatoire
Loin d’être une simple activité de brocante, le réemploi dans le bâtiment est une affaire d’ingénierie complexe. Bobi Réemploi, qui compte aujourd’hui une équipe de huit ingénieurs et architectes, intervient sur le terrain pour sécuriser les projets.
Anaïs Lecerf, associée et directrice générale de la structure, détaille leur quotidien, partagé entre les écrans et les chantiers :
« On va aller sur un bâtiment, on va le visiter, on va identifier les matériaux qui sont réemployables pour derrière produire un diagnostic réglementaire qui s’appelle le diagnostic PEMD (Produits, Équipements, Matériaux, Déchets), et faire toutes les études qui permettent de concrétiser le réemploi. »
Le saviez-vous ? La loi AGEC réglemente la réalisation d’un diagnostic PEMD pour les projets de réhabilitation et de démolition de plus de 1 000 m². L’objectif est de quantifier et qualifier les matériaux afin de leur offrir une seconde vie.
Le rôle du bureau d’études est également de lever les freins techniques et assurantiels. Grâce à leur assurance décennale, l’équipe valide la qualification technique et la durabilité des matériaux (comme les disjoncteurs ou les éléments structurels) pour garantir la sécurité des futures constructions.
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Lever les freins économiques et logistiques
Le marché est en pleine expansion. Bobi Réemploi a géré une centaine de projets en 2025 et permis le réemploi de 1 000 tonnes de matériaux. Mais de nombreux défis subsistent. Moins de 1 % des matériaux issus de la démolition sont aujourd’hui réellement réemployés.
Le secret de la rentabilité ? Le fonctionnement en flux tendu. Le stockage prolongé ajoute des coûts qui peuvent briser l’équilibre économique d’un projet. C’est pourquoi chaque dépose de matériau doit être minutieusement planifiée en fonction d’un projet de destination déjà identifié.
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Les principaux freins au réemploi (et comment Bobi Réemploi y répond)
Concernant le coût de la main-d’œuvre. Déposer proprement un matériau coûte plus cher que de démolir. Cependant, la hausse globale des prix des matériaux neufs et les crises d’approvisionnement rendent le réemploi de plus en plus compétitif.
Les exigences esthétiques… Le réemploi impose une esthétique brute et singulière (absence de faux-plafond standardisé, sol en béton brut, etc.). Un parti pris qui séduit de plus en plus de maîtres d’ouvrage éclairés.
La garantie financière. Bobi Réemploi prouve qu’un chantier circulaire peut maîtriser ses coûts. Leurs propres bureaux ont été entièrement aménagés en respectant un budget strict de 85 000 euros.
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Une équipe 100 % féminine qui bouscule les codes du BTP
Particularité notable dans le secteur très masculin du bâtiment et des travaux publics, l’équipe de direction et les collaborateurs de Bobi Réemploi sont exclusivement des femmes.
Un choix qui s’est fait au fil des recrutements, la structure recevant près de 75 % de candidatures féminines. Pour Anaïs Lecerf, c’est aussi un beau clin d’œil face aux entreprises de plâtrerie ou de maçonnerie voisines, composées à l’inverse à 90 % d’hommes. « C’est aussi une manière de renverser le paradigme du bâtiment. Et de dire aussi que les femmes ont leur place dans la construction. »
Alors que la réglementation fixe un objectif de 5 % de réemploi à l’horizon 2028, le bureau d’études lyonnais démontre chaque jour que l’avenir du bâtiment s’écrira sous le signe de la sobriété matérielle et de l’intelligence collective.
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