Et si la disparition d’un cactus pouvait raconter une crise écologique mondiale ? Une artiste villeurbannaise en a fait son point d’ancrage. À la croisée de la sculpture, du polaroïd, et des installations… Elle appelle ça : la diplomatie du végétal. Noham Mouret est allé à sa rencontre.
Il pousse dans les garrigues et les paysages arides, stocke l’eau mieux que n’importe quelle plante cultivée, nourrit des insectes et des hommes depuis des siècles. Et pourtant, le figuier de Barbarie disparaît. C’est ce paradoxe qu’Eugénie Forno a décidé de mettre en lumière, non pas avec des chiffres ou des rapports, mais avec de l’art.

Installée à Villeurbanne, dans son atelier au BOB (Bâtiment Ouvert aux Bifurcations), cette artiste mène ce qu’elle appelle une « diplomatie du végétal« . « Je travaille comme un processus d’enquête. J’enquête sur le terrain, je transforme le résultat de mes enquêtes en forme artistique et je crée un lien entre humain et vivant« , explique-t-elle.
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Maroc, Espagne, pourtour méditerranéen : Eugénie Forno suit la trace d’une plante en train de s’effacer. Ce qui la tue ? Un insecte parasite, la cochenille sauvage, qui envahit les cactus et les détruit. Dans les pays où le figuier de barbarie se développe, l’insecte n’a pas de prédateur et la pluie se faisant rare, il n’est jamais décollé du cactus.
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Cochenille sauvage vs cochenille domestiquée
Ironie cruelle : une autre cochenille, domestiquée celle-là, est au cœur d’une histoire lyonnaise bien connue. « Lyon est une ville historique de la soie et des teintures. Et moi, je travaille à partir du pigment issu de la cochenille, le rouge carmin qui a fait vibrer aussi Lyon, et la soie, et les teinturiers. » Un fil inattendu entre un cactus méditerranéen et les canuts lyonnais.
Dans son atelier, les œuvres s’accumulent. Des sculptures récupérées sur des plants asséchés, une série sobrement intitulée Nature morte. Des polaroïds, des installations. Bref, des formes arrachées à la disparition, rendues visibles avant qu’il ne soit trop tard. « J’ai été complètement touchée par cette disparition et par la matière que ça donnait », confie Eugénie Forno.
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Lyon : terre d’accueil du figuier de Barbarie ?
Et l’enjeu dépasse aussi la Méditerranée. Dans un contexte de réchauffement climatique, le figuier de Barbarie est ainsi une plante d’avenir : résistante à la sécheresse, riche en eau et en nutriments. « À Lyon, on sait qu’on avance aussi vers ces températures-là. Le cactus peut être une plante-ressource. » Une solution qui pousse sous nos yeux, à condition qu’on la laisse vivre.
Le travail d’Eugénie Forno est visible à l’atelier du BOB à Villeurbanne, et aussi sur Instagram où elle partage l’ensemble de son processus créatif.
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