Le tiers-lieu Le Bob, implanté à Villeurbanne, s’affirme comme un carrefour bouillonnant d’expérimentations. Avec une fin programmée fin 2027… C’est dans ce cadre d’urbanisme transitoire que les plasticiens Laura Ben Haïba et Rémy de Chiara ont posé leur presse pour concevoir une exposition singulière : « Éco-gravure d’un tiers-lieu : Le Bob ». Et porter un regard sensible sur ce site industriel…
Installés ensemble dans un atelier d’une trentaine de m2 baigné de lumière végétale, les deux complices ont exploré le passé, le présent et les interstices de ce site avant sa transformation. Pour donner naissance à une exposition d’éco-gravure au coeur-même du Bob à Villeurbanne…

Rencontre croisée avec deux artistes qui allient rigueur plastique, démarche écologique et création partagée.
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L’éco-gravure : réinventer la taille-douce grâce au surcyclage
Au cœur de leur proposition plastique se trouve une technique artisanale revisitée : l’éco-gravure. Plutôt que de recourir aux plaques traditionnelles de cuivre ou de zinc, particulièrement onéreuses et polluantes à produire, le duo s’est tourné vers les rebuts du quotidien industriel.

« C’est un mot qu’on a un petit peu inventé. Il s’agit de gravure en taille-douce […] Et nous, on a voulu faire de l’éco-gravure, c’est-à-dire faire du recyclage d’emballages industriels. Et puis se servir de choses que l’on jette. En utilisant les films plastiques, les films métalliques […], plutôt que de jeter une boîte de Tetra Pak de lait ou de jus de fruits, de la réutiliser, de la surcycler en élément pour faire une œuvre », explique Laura Ben Haïba.
L’emballage cartonné devient ainsi une matrice malléable, incisée à la pointe, encrée puis passée sous les rouleaux de la presse installée au centre de l’atelier au Bob.
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Archéologie du présent : entre nature spontanée et traces murales
Pour nourrir leur corpus visuel, les artistes ont arpenté les moindres recoins du bâtiment. Chacun y a porté un regard distinct mais complémentaire, superposant photos d’archives, clichés contemporains et visions prospectives.
Pour Rémy, l’attention s’est focalisée sur l’usure de la matière et la sédimentation humaine : « Je suis parti avec mon appareil photo pour photographier souvent de très près […] la texture d’un papier peint, un bout de scotch. Je me suis plus intéressé à tous les micro-signes d’occupation, toutes les petites traces, les taches, les choses un peu cassées, les fissures… les petites irrégularités qui ont aussi à voir avec le passage du temps. »
Laura s’est quant à elle tournée vers la flore qui colonise le Bob, identifiant trois strates végétales. Les reliquats ornementaux hérités de l’ancienne époque industrielle (rosiers, parterres structurés). La végétation spontanée et sauvage qui s’insinue dans les brèches. Les plantations récentes apportées par les occupants actuels du tiers-lieu…
À l’arrivée, l’œuvre ne cherche pas à reproduire fidèlement la réalité. Elle mêle approche documentaire et fiction poétique en réagençant les éléments récoltés.
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Une création ouverte aux usagers du Bob
L’exposition au Bob ne se limite pas à la vision des deux plasticiens. Dès l’origine, le projet a intégré une forte composante participative à travers des ateliers d’initiation menés avec les habitants, les résidents et aussi les curieux du quartier.
« L’idée, c’est de partager d’abord parce qu’il y a eu cette partie atelier avec des participants, des participantes, et puis de garder une trace collectivement, une trace sensible de ce lieu transitoire », souligne Rémy de Chiara. Tous ont manipulé les mêmes matériaux, la même presse que les artistes. Les créations des amateurs côtoieront ainsi celles de Laura et Rémy sur les murs de la galerie, sans hiérarchie de regard.
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Sauvegarder la mémoire sensible d’espaces éphémères
Habitués aux reconversions de friches industrielles — passés notamment par les anciennes usines Tase à Vaulx-en-Velin puis par l’Adera —, les deux créateurs rappellent la fragilité inhérente aux tiers-lieux. Face aux pressions foncières et aux baisses de subventions, ces espaces de respiration culturelle affichent souvent une espérance de vie restreinte.
« Ces tiers-lieux souvent sont éphémères, transitoires. Et leur durée de vie est extrêmement courte. Il y a comme une sorte de mission à garder trace et mémoire de ces choses qui s’y passent avant de disparaître », insiste Laura Ben Haïba.
Graver le Bob, c’est ainsi fixer sur le papier l’énergie d’un lieu vivant avant qu’il ne change de destin.
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Informations pratiques sur l’exposition Éco-gravure Le Bob
L’événement rassemble plus d’une trentaine d’estampes originales
Lieu : Le Bob, La Multi, 34 rue Decomberousse, 69100 Villeurbanne.
Vernissage : 1er octobre.2026
Période d’exposition : visible jusqu’au 26 novembre, sur rendez-vous avec les artistes.
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