Le Rize accueille « Aqua Rize », une exposition immersive qui retrace l’histoire mouvementée entre Villeurbanne et l’élément liquide. Entre mémoire ouvrière, défis climatiques et installations artistiques, le centre culturel, qui porte le nom de la rivière fantome, nous invite à plonger dans un récit où l’eau n’est plus seulement une ressource, mais aussi un bien commun à protéger.
Longtemps, Villeurbanne a vécu au rythme des caprices du Rhône. Aujourd’hui, c’est au tour du Rize de rendre hommage à cette relation complexe. L’exposition Aqua Rize ne se contente pas de retracer le passé ; elle questionne la ville de demain, face à l’urgence écologique.
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L’histoire commence sur la rive gauche du Rhône. L’exposition Aqua Rize nous rappelle que le paysage villeurbannais n’a pas toujours été celui de l’asphalte et du béton. Les archives dévoilent un territoire façonné par les inondations et transformé par le génie humain, notamment avec la création du canal de Jonage.
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Une ville née autour d’un fleuve et de la « rivière fantôme » : la Rize
Le point d’orgue de cette rétrospective historique est sans doute le destin de la Rize. Cette « rivière fantôme », qui a donné son nom à l’institution culturelle, sert de fil rouge (ou plutôt bleu) à la visite. Autrefois source de vie, elle a subi de plein fouet l’industrialisation : pollution, détournements, puis disparition sous les rues. Un symbole frappant de l’artificialisation des sols.
« Ce ruisseau n’a pas été entretenu. La ville s’est développée et fabriquée par-dessus, en raison aussi du canal de Jonage… C’est devenu une rivière fantôme depuis les années 70″ déplore Anne-Marie Doledec, responsable des expositions et en charge de la valorisation de la Recherche au Rize.
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L’art pour comprendre l’urgence
Pour rendre ces enjeux accessibles, Aqua Rize mise sur une approche pluridisciplinaire. L’exposition s’appuie sur des données scientifiques rigoureuses, mais elle laisse aussi une place majeure à l’émotion grâce aux artistes.
Wendy Delorme, autrice du roman “Le parlement de l’eau”, propose une installation textuelle immersive. Elle donnera une conférence le samedi 7 mars, à 17h au Rize.
Pierre Suchet livre une enquête photographique sensible sur les traces de l’eau dans le paysage actuel.






« Comme on peut le voir sur ces photos de rues, d’habitations, etc., on a construit par-dessus la rivière. Donc, en fait, la Rize, elle est complètement invisibilisée. Elle ne coule plus du tout sur les parties Lyon et Villeurbanne. Mais au-delà du canal, vers Vaulx-en-Velin et Décines, là, la ville s’est construite autour du ruisseau » raconte Anne-Marie Doledec.
Le photographe donnera une conférence le jeudi 5 mars à 19h30. Pour présenter ses enquêtes photographiques de longue durée sur les cours d’eau, en France et à l’étranger. Menées en relation avec des chercheurs en sciences humaines et sociales… Pierre Suchet présentera le résultat de ses travaux – terminés ou en cours – sur différentes rivières : la Nièvre dans le département éponyme, le Furan à Saint-Etienne, l’Yzeron et la Rize dans la Métropole de Lyon, la Besbre dans la Loire et l’Allier, la Senouire en Haute-Loire.
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Participation des habitants
Qu’il s’agisse de la potabilité de l’eau à nos robinets ou de la gestion politique des bassins, l’exposition Aqua Rize déconstruit la complexité technique pour la rendre humaine.
La force du Rize réside dans son ancrage local. Fidèle à sa mission de médiation, l’établissement a intégré les Villeurbannais à la création. Un groupe d’habitants a ainsi travaillé durant plusieurs mois pour concevoir une section entière de l’exposition.
On y découvre un « cabinet de souvenirs » : récits de baignades aux piscines municipales, nostalgie des fontaines de quartier ou anecdotes sur les jardins ouvriers. Dans des casiers de piscines, les habitant.e.s ont déposé des objets en lien avec l’eau. Des lingettes pour alerter sur la pollution… Talia a déposé un tuyau d’arrosage et un gant de toilettes. Car pour elle, « se laver dans le jardin sous un ciel étoilé et au chant des grillons » constitue « un de mes plaisirs forts en été ».
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Une exploration inspirante
Dans un contexte de dérèglement climatique, la question de la désimperméabilisation des sols devient cruciale pour rafraîchir nos villes. Aqua Rize réussit le pari de ne pas être une exposition moralisatrice, mais une exploration inspirante de ce que pourrait être la ville de demain : une ville qui laisse à nouveau l’eau respirer.
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