C’est un véritable séisme dans le paysage audiovisuel lyonnais. Le groupe CMA Média a officiellement annoncé la mise en vente de ses neuf chaînes locales, dont BFM Lyon. En l’absence de repreneurs d’ici la rentrée de septembre, ces canaux d’information de proximité cesseront purement et simplement d’émettre, menaçant près de 200 emplois à travers la France.
Mercredi dernier, la direction de CMA Média (propriété de l’armateur Rodolphe Saadé / CMA CGM) a dévoilé une vaste restructuration au sein de son pôle audiovisuel RMC-BFM.
L’objectif affiché : réaliser 20 millions d’euros d’économies (soit environ 5 % des coûts du groupe) et engager un plan de départs volontaires touchant 5 % des effectifs. Mais la mesure la plus radicale reste le désengagement total du réseau des BFM Locales.
Pour les équipes de BFM Lyon, la stupeur est totale. Lucie Nolorgues, chef d’info et déléguée du personnel de l’antenne lyonnaise, témoigne d’une situation critique et d’un avenir extrêmement sombre.
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Un « choc » pour les équipes de BFM Lyon
Bien que des bruits de couloir circulaient, l’annonce brutale de cette vente-couperet a plongé les rédactions locales dans le désarroi.
« Pour toutes les équipes, c’est vraiment un choc. C’est une information qu’on n’avait pas vraiment vu venir, même s’il y avait eu plusieurs rumeurs dans la presse et sur les réseaux sociaux », explique Lucie Nolorgues. « On avait toujours reçu un message rassurant de la part de la direction. Donc on n’avait pas imaginé que du jour au lendemain on puisse nous annoncer une fin programmée des BFM Locales. »
La direction justifie ce choix par l’impossibilité de trouver un modèle économique viable en 2026, pointant du doigt un marché publicitaire national et local en berne. Un argument que les équipes lyonnaises ont du mal à accepter :
« En local, on a une régie commerciale qui a beaucoup fait ces derniers mois, qui avait quasiment atteint ses objectifs. Il y avait encore des deals en train de se conclure ces derniers jours, ces dernières heures… On ne comprend pas du tout comment on en est arrivé là alors que, chez nous, beaucoup d’efforts avaient été faits. »
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Le sacrifice du maillage territorial des BFM Locales : « Déplorable et dangereux »
Le réseau des BFM Locales (Lyon, Marseille, Lille, Alsace, Normandie, Gap, etc.) constitue jusqu’à présent une force éditoriale majeure pour le groupe, permettant une couverture immédiate de l’actualité régionale. En se séparant de ces antennes, CMA Média fait le choix de centraliser ses activités à Paris.
« Le maillage local, c’était une des forces de BFM TV », rappelle Lucie Nolorgues. « Lorsqu’il y a une actualité qui se passe [en région], on peut être présent très vite pour épauler notre grande sœur. C’est une vraie déconvenue de se rendre compte que notre actionnaire sacrifie ce maillage territorial. Une expertise et une finesse dans l’information qu’on ne peut pas forcément avoir quand on est à Paris… »
Au-delà de l’aspect social et des suppressions de postes, la représentante du personnel s’inquiète des conséquences à long terme pour la démocratie locale. Alors que de nombreux médias régionaux (Le Progrès, Mag2Lyon, Le Journal des Entreprises…) traversent eux aussi des zones de turbulences…
« C’est surtout très inquiétant pour le pluralisme des médias et pour l’avenir de l’information locale. L’information locale, c’est le lien entre les citoyens. Mettre fin à des titres de presse comme les BFM Locales qui racontent l’information du quotidien, c’est tout au moins déplorable. Et même un petit peu dangereux. »
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Un calendrier intenable et un pessimisme grandissant
La direction a fixé une échéance claire : faire le point début septembre pour annoncer si des repreneurs crédibles se sont manifestés. Dans le cas contraire, l’écran noir guette les BFM Locales. Pour Lucie Nolorgues, l’optimisme n’est pas de mise. Interroger des repreneurs sur des structures présentées comme structurellement déficitaires relève, selon elle, du paradoxe :
« Pour ma part, je suis très pessimiste sur la possibilité d’un repreneur. Et encore moins d’un repreneur de toutes les locales. Quand on nous a présenté la situation, on nous a dit : « Vous avez un modèle économique qui ne fonctionne pas ». Pourquoi on nous met en vente alors en nous exposant qu’on n’est plus viable ? J’ai un peu de mal à voir qui voudrait s’aventurer dans un rachat de BFM Lyon. »
D’autant que l’attente s’annonce psychologiquement éprouvante pour les salariés. Exclus pour le moment du plan de départs volontaires national… « Ça fait six mois déjà qu’on travaille sans vraie ligne directrice, sans vrais objectifs aussi. Avec des moyens qui sont réduits aussi semaine après semaine. Et on nous dit qu’il va falloir tenir six mois de plus. Avec un projet qui n’est pas clair et qui est vraisemblablement voué à l’échec. »
Pour le Club de la Presse de Lyon (qui réunit environ 150 journalistes). « Les bouleversements profonds qui affectent l’économie des médias ne doivent pas faire oublier le rôle essentiel de la presse dans la vie démocratique. Nous sommes tous concernés : citoyens, entreprises, collectivités locales. Soutenir et accompagner les médias et leurs rédactions dans ces temps compliqués, c’est indispensable à la bonne respiration démocratique. »
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Du rêve de TLM à l’écran noir : 38 ans d’histoire de la télé locale à Lyon
Si BFM Lyon s’éteint, c’est une page historique de la vie lyonnaise qui se tourne. L’histoire de cette antenne remonte en effet à 1988, année de la création de TLM (Télé Lyon Métropole). Pionnière de la télévision locale en France, TLM a ainsi accompagné pendant trois décennies les Lyonnais. Couvrant les grands événements politiques, culturels et aussi sportifs de la capitale des Gaules. Une chaine portée par des figures locales et des actionnaires successifs (Le Progrès; Générale des Eaux, Roger Caille, André Campana…).
Après des années de difficultés financières chroniques, la chaîne historique avait ainsi été rachetée par le groupe NextRadioTV (Altice) pour être transformée, en septembre 2019, sous la bannière BFM Lyon. En passant sous le giron de CMA Média, l’aventure aura finalement été de courte durée. Scellant le destin d’un canal trentenaire qui, faute de repreneur, s’apprête à disparaître définitivement du paysage rhodanien.
