Education aux Médias : résister au jeu de l’IA, des réseaux sociaux

Education aux Médias

Serge Barbet

Le Quart d'heure Lyonnais
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Education aux Médias : résister au jeu de l'IA, des réseaux sociaux
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Comment former des citoyens éclairés, dotés d’un esprit critique aiguisé ? Face au flux ininterrompu d’informations et à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative… C’est le défi titanesque auquel s’attelle l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI). À l’heure où les plateformes numériques et les algorithmes redéfinissent notre rapport au réel, le rôle du CLEMI (Centre pour l’Education aux Médias et à l’Information), créé en 1983, est plus que jamais crucial. Lors des Assises de l’EMI organisées par le Club de la presse de Lyon, Serge Barbet, directeur du CLEMI, a livré un constat sans concession sur l’urgence de structurer cette riposte éducative et citoyenne.

Historiquement ancré au sein de l’Éducation nationale, le CLEMI a vu ses priorités s’accélérer dramatiquement… Suite aux attentats de 2015 et aux drames récents ayant touché le corps enseignant. Comme les assassinats de Samuel Paty ou de Dominique Bernard). En réaction, l’État a constamment réaffirmé le besoin de renforcer l’Education aux Médias. Pour apprendre aux élèves à se forger leur propre opinion et à aiguiser leur esprit critique.

Mais aujourd’hui, l’EMI ne peut plus se cantonner aux seules grilles de l’école. Serge Barbet insiste sur la mise en place d’un véritable « continuum » :

« L’EMI tout au long de la vie, on dit aujourd’hui, parce que évidemment ça doit commencer à la maternelle, dans un cursus scolaire […] et nous avons développé en 2023 l’offre CLEMI’Sup pour les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche ».

Cette continuité s’étend également au cadre familial grâce à des ressources sur la parentalité numérique. Afin d’harmoniser ce que les élèves apprennent à l’école et ce qu’ils vivent quotidiennement à la maison…

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Education aux Médias et à l’Information

Le défi de l’IA générative et de l’asymétrie des plateformes

Le développement ultra-rapide des intelligences artificielles génératives (IAG) vient bouleverser la création et la réception de l’information. Ces technologies, capables de simuler des voix, de générer des textes inédits ou de créer des images de toutes pièces, fonctionnent sur des logiques statistiques prédictives dénuées d’éthique.

Pour le CLEMI, l’objectif pédagogique est double. Apprendre aux élèves à manipuler ces outils (comme rédiger des prompts pertinents). Mais aussi les pousser à prendre du recul face à la facilité immédiate de générer du contenu. En comprenant les biais et les problèmes éthiques associés…

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La menace économique sur les médias traditionnels

Cette révolution technologique fragilise également l’écosystème démocratique en créant une concurrence asymétrique. Serge Barbet s’inquiète de la détérioration économique des acteurs de la presse traditionnelle, dont les revenus publicitaires sont captés par les grandes plateformes. De plus, les IA génératives s’approprient les contenus produits par les journalistes, tout en les désindexant :

« On a un problème aujourd’hui sur une juste répartition des revenus liés à la production de l’information, et c’est un enjeu plus global de souveraineté pour notre pays comme pour toutes les nations ».

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Une expertise à encadrer et à évaluer

Face à l’engouement croissant pour l’EMI, Serge Barbet rappelle qu’il est indispensable d’évaluer et de cadrer scientifiquement les actions menées sur le terrain. Si le cadre scolaire permet de définir rigoureusement les notions fondamentales, des initiatives extérieures plus « hasardeuses » peuvent parfois voir le jour.

Dans ce contexte, le ministère de l’Éducation nationale s’appuie sur le CLEMI pour expertiser, juger et estimer la validité des propositions d’ateliers ou de formations. L’objectif est de garantir que l’Education aux Médias réponde toujours à des critères d’exigence républicains et scientifiques, loin de toute dérive.

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La France, pionnière de l’Education aux Médias

Grâce à l’expérience acquise par le CLEMI depuis plus de quarante ans, la France fait aujourd’hui figure de référence mondiale.

« Il n’y a pas de région dans le monde qui échappe aujourd’hui à cette interrogation fondamentale de savoir comment résister au jeu des plateformes et des réseaux sociaux », observe Serge Barbet.

Cette expertise française s’exporte activement à travers la création du Réseau francophone d’éducation aux médias et à l’information. Avec aussi la publication, en collaboration avec l’UNESCO, du guide de référence « Grandir dans un monde connecté, ça s’apprend », compilant l’expertise de 37 pays. Des programmes d’envergure sont aussi financés par la Commission européenne pour lutter activement contre la désinformation.

En associant enseignants, parents, journalistes et chercheurs, le CLEMI continue d’outiller les générations actuelles et futures pour qu’elles ne subissent pas le monde numérique, mais l’apprivoisent avec discernement…

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