Crues majeures du Rhône et de la Saône : un risque sous-estimé ?

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Le Quart d'heure Lyonnais
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Crues majeures du Rhône et de la Saône : un risque sous-estimé ?
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Entre aménagement des berges, menace de crues centennales et illusions d’optique architecturales, le Rhône et la Saône dessinent l’histoire de Lyon. Yvan Carlot, conseiller scientifique et pédagogique pour l’association « Péniches du Val de Rhône », nous livre un regard passionné sur cette relation unique entre les Lyonnais et leur environnement fluvial.

À Lyon, l’eau n’est pas qu’un simple décor. Elle est un membre de la famille, un axe de vie, mais aussi une force de la nature parfois redoutable. Lors des crues en particulier…. Pour comprendre ce lien si particulier, nous sommes allés à la rencontre d’Yvan Carlot. Cet enfant du fleuve, devenu universitaire puis conseiller scientifique, partage sa vie entre la transmission et la navigation. Il intervient en particulier pour l’association « Péniches du val de Rhône« 

Crues
Yvan Carlot

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Une configuration géographique presque unique au monde

On entend souvent dire que Lyon est une ville de confluence exceptionnelle. Pourtant, d’autres métropoles partagent cette caractéristique géographique. Quelle est alors la véritable spécificité lyonnaise ?

Pour Yvan Carlot, la réponse tient en un mot : la Presqu’île.

« Il y a beaucoup de villes qui sont en situation de confluence […] mais là, c’est une ville de confluence en presqu’île. De ce fait, il n’y a que deux villes dans le monde qui ont cette configuration très particuliere : Pittsburgh aux États-Unis, et Lyon. »

Cette géographie hors du commun impose un défi de taille à la municipalité : relier les rives. Pour franchir le Rhône et la Saône, la métropole lyonnaise compte aujourd’hui plus de 45 ponts et passerelles.

Ecoutez le podcast :

Lyon vue du Rhône et de la Saône
mythique confluent
mythique confluent

La reconquête des berges : le grand succès lyonnais

Pendant des décennies, les Lyonnais ont tourné le dos à leurs fleuves, transformant les bas-ports en immenses parkings à ciel ouvert. Le tournant s’est opéré à la fin des années 1990 avec une volonté politique forte de réappropiation des espaces.

« La décision de mettre les voitures dehors et de créer des parkings souterrains […] c’était justement pour permettre de dégager les bas-ports du Rhône et de les transformer en Berges du Rhône. […] Le succès a été immédiat. Les Lyonnais avaient un besoin irrépressible de se réapproprier les fleuves. »

Fort de ce succès sur le Rhône, le projet s’est exporté sur la Saône avec le concept des « Rives de Saône » (ou River Movie), un aménagement artistique, paysager et architectural qui s’étend sur plusieurs kilomètres.

Des éléments du patrimoine à redécouvrir depuis le fleuve ou la rivière (diaporama)

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  • pont de chargement du port Rambaud
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Crues majeures : des traces et un risque toujours plus présent avec le dérèglement climatique

Si les fleuves apportent aujourd’hui douceur de vivre et tourisme, ils rappellent parfois à l’Homme sa vulnérabilité. Les crues historiques, notamment celle de 1840 pour la Saône et de 1856 pour le Rhône, ont laissé des traces indélébiles, encore visibles sur les façades de la ville.

Face au dérèglement climatique, le grand public imagine souvent des fleuves à sec. La réalité scientifique est plus nuancée : si le débit moyen baisse (notamment avec la disparition annoncée du glacier du Rhône d’ici 2050), les événements extrêmes, eux, seront plus violents.

Crues
rue haute, ancien niveau de la Saône

Yvan Carlot insiste sur le rôle pédagogique de son association pour sensibiliser les citoyens au retour probable d’une crue majeure.

« On sait que les événements extrêmes seront encore plus violents, donc les crues aussi. […] Imaginez une crue de la Saône ou du Rhône dans la Presqu’île. Le métro, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va sortir de terre comme un bouchon ! Le premier travail, ce sera d’inonder tous les tubes pour éviter qu’ils ne remontent à la surface. Vous voyez la rue de la République avec le tube du métro dehors ? »

Une hypothèse toutefois peu probable… La résistance à la poussée d’Archimède a été calculée sur la base des pires scénarios historiques des crues du Rhône et de la Saône. Mais le dérèglement climatique fait craindre des épisodes inédits…

Plus de 80 familles habitent sur des péniches à Lyon (diaporama)

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Les secrets des ponts et l’illusion d’optique de la confluence

L’histoire des ponts lyonnais est elle aussi fascinante. Le Rhône, puissant et instable, a longtemps résisté aux bâtisseurs (le pont de la Guillotière restant durant des siècles l’unique point de passage). La Saône, quant à elle, abritait le redoutable « rapide de la mort qui trompe », un véritable obstacle à la navigation près du pont du Change.

vue sur Lyon depuis un bateau

Aujourd’hui, les ponts sur le Rhône et la Saône rivalisent d’audace architecturale. C’est le cas du pont Raymond-Barre, réservé aux modes doux, qui offre une surprenante illusion d’optique aux observateurs attentifs :

« C’est un effet d’optique qui a été voulu par les architectes. […] Quand on fait le demi-tour au confluent, on a l’impression que le pont Raymond-Barre repose sur les piles du pont Pasteur. »

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Une curiosité insolite : pourquoi des rails plongent-ils dans l’eau ?

Au niveau de La Mulatière, un détail intrigue aussi les promeneurs : de vieux rails de chemin de fer s’enfoncent directement sous l’eau. Légende urbaine ou secret d’histoire ?

Yvan Carlot lève le voile sur ce vestige industriel lié à l’ancien barrage à aiguilles :

« Pour amener tous ces madriers [les aiguilles du barrage] qui étaient cassés, qui pourrissaient […] il y avait une petite voie ferrée qui était connectée à la voie ferrée de Lyon-Saint-Étienne. […] Avec la remontée d’eau [due à l’aménagement du barrage de Pierre-Bénite], le barrage a disparu, mais la voie ferrée reste. Les gens s’interrogent… alors le fantasme marche, on entend : « Ah, c’est Harry Potter ! » »

rails du confluent
rails de la pointe du confluent

Qu’il s’agisse de magie ou d’histoire industrielle, l’eau continue de rassembler. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’engouement des Lyonnais et des Lyonnaises pour les croisières, les petits bateaux électriques sans permis. Ou les salutations spontanées entre promeneurs des quais et navigateurs. À Lyon, le fleuve crée du lien, et ce n’est pas près de s’arrêter…

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