Le tri sélectif est une pratique vertueuse pour quiconque veut préserver la planète. Mais celui pratiqué par Jean-Michel Aulas depuis le début de sa campagne pour les élections municipales à Lyon hérisse quelque peu les journalistes lyonnais… Le Club de la Presse de Lyon renouvelle son invitation.
À Lyon, la campagne pour les municipales de 2026 ne se joue pas seulement sur les marchés ou dans les meetings. Mais aussi sur le terrain des relations presse… Jean-Michel Aulas, ancien président de l’Olympique Lyonnais et désormais favori des sondages sous l’étiquette de « Coeur Lyonnais« , semble avoir importé ses méthodes de management sportif dans l’arène politique. Une stratégie qui fait grincer des dents…
Le ton est monté d’un cran en ce début de mois de février. Le Club de la Presse de Lyon, association créée il y a bientôt 50 ans, regroupant plus de 150 journalistes, soupçonne le candidat de la droite et du centre de « trier » les médias. En cause : une tendance à privilégier les grands plateaux nationaux et les entretiens complaisants. Tout en écartant les titres locaux jugés trop critiques. Ou trop curieux sur les éléments de son programme ou sur ses montages financiers…
Rue89Lyon, média indépendant, a du faire face à une plainte en diffamation de la part de l’homme d’affaires, pour un article documenté sur ses investissements privés. Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) a dénoncé une « procédure-bâillon » visant à museler une rédaction locale.
Depuis septembre 2025 et l’accélération de la campagne pour les municipales, de nombreux journalistes locaux ont fait remonter au Club de la Presse de Lyon une communication sélective de la part de l’équipe de Jean-Michel Aulas.
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Des journalistes sélectionnés pour certaines séquences publiques. de campagne
Nous avons rencontré Jean-Pierre Vacher, le président du Club de la Presse de Lyon.
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« On a constaté à plusieurs reprises, que l’entourage de Jean-Michel Aulas choisit les journalistes qui suivent certaines séquences publiques. de sa campagne. Cela a été le cas au moment de l’annonce du ralliement de LR et de Laurent Wauquiez. Puis, lors de la venue de Jean-Louis Borloo à La Duchère. Seuls quelques médias sont invités. Et on s’en est ému dans un communiqué. Tout d’abord, en disant qu’on ne comprenait pas pourquoi certains médias importants de la place étaient écartés de ces séquences publiques de campagne. On a eu une réponse qui ne nous satisfaisait pas. Et donc, on a tout simplement décidé, avec le conseil d’administration du Club de la Presse, de lui proposer une rencontre. Un échange avec tous les adhérents du Club de la Presse, qui souhaitent lui poser des questions ».
Une séance de questions-réponses qui auraient permis d’en savoir plus sur son rapport à la presse. Mais la réponse n’a pas été à la hauteur des attentes. « La réponse a été une fin de non-recevoir. Il nous dit que sa priorité dans cette campagne, c’est d’aller à la rencontre des Lyonnais. Et qu’il est prêt à nous rencontrer… une fois la campagne terminée, dans un climat apaisé, etc. C’est décevant de la part d’un candidat qui, à mon avis, n’a pas grand-chose à craindre des relations avec les journalistes » réagit Jean-Pierre Vacher.
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« Les médias sont l’instrument du droit à l’information des citoyens«
Face à ce constat, le Club de la Presse de Lyon a renvoyé un courrier (lettre ouverte) au candidat. Dont voici la teneur…
« Cher Monsieur,
Nous avons bien reçu votre réponse à notre invitation à rencontrer l’ensemble des adhérents du Club de la presse de Lyon. Nous regrettons vivement que vous ne répondiez pas favorablement à notre demande qui devait permettre un échange direct entre vous et tous les journalistes, plusieurs d’entre eux ayant été écartés de séquences publiques de votre campagne à plusieurs reprises.
Cette invitation aurait été l’occasion pour toutes les consoeurs et tous les confrères de poser les questions qu’ils et elles jugent utiles. Proposer que cette rencontre se tienne après les élections nous interroge. Et nous inquiète sur l’attachement que vous revendiquez à la liberté de la presse et au respect du débat démocratique. Alors qu’une campagne est justement un temps de rencontre normal entre les citoyens, les médias et les candidats.
Pas plus tard que ce week-end, vous avez évoqué « le sens de la mesure et la dignité du débat. La République est une conversation exigeante, elle n’est pas un champ de bataille ». C’est cette « conversation exigeante » que nous voulons engager avec vous… Dans des conditions que nous vous avions garanties sereines et constructives.
Nous renouvelons donc notre demande d’une rencontre dans les prochains jours. Etant précisé que ce n’est pas un privilège que nous demandons. Les journalistes n’exigent aucun droit pour eux-mêmes. Ils sont l’instrument du droit à l’information des citoyens. Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Cher Monsieur, en l’expression de nos sincères et respectueuses salutations.
Jean-Pierre Vacher, président du Club de la presse Lyon, et l’ensemble du conseil d’administration. »
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