ATMO Auvergne-Rhône-Alpes : 50 ans et de nouveaux enjeux

Eric Fournier et Marine Latham

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Le Quart d'heure Lyonnais
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ATMO Auvergne-Rhône-Alpes : 50 ans et de nouveaux enjeux
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Créé pour surveiller les fumées industrielles à l’époque des Trente Glorieuses, l’observatoire régional de la qualité de l’air fête son demi-siècle. Un anniversaire charnière marqué par la présentation de son plan d’action 2026-2031. Entre nouvelles molécules à traquer, bouleversements climatiques et paradoxe financier, l’institution doit totalement réinventer son modèle.

Si la qualité globale de l’air s’est nettement améliorée en Auvergne-Rhône-Alpes depuis cinquante ans, les chiffres stagnent dangereusement depuis trois ans. Pour inverser cette tendance, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes passe à la vitesse supérieure. L’observatoire vient de dévoiler sa feuille de route pour la période 2026-2031, articulée autour d’un double objectif : adapter les espaces urbains au changement climatique et anticiper le durcissement drastique des seuils, imposé par la nouvelle directive européenne de 2027.

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Les 50 ans d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes

De l’industrie des Trente Glorieuses aux « polluants éternels »

À sa naissance, la mission d’Atmo était avant tout locale et industrielle. Marine Latham, directrice générale de l’observatoire, rappelle cette trajectoire historique.

« L’origine des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, c’était d’abord de suivre les émissions industrielles pour protéger les populations qui étaient à proximité, dans une époque qui était les Trente Glorieuses avec un développement industriel un peu à tout va. »

Aujourd’hui, si les politiques publiques ont porté leurs fruits — permettant notamment de diviser par deux les émissions de particules fines et de dioxyde d’azote en 20 ans —, les défis ont changé de nature. L’accent est désormais mis sur des polluants non réglementés, émergents et complexes. Au premier rang de ceux-ci : les polluants éternels ou PFAS.

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes fait figure de pionnier européen en mesurant de manière active ces molécules dans l’air depuis déjà deux ans. Une expertise précieuse mais complexe, car les seuils de tolérance sanitaire restent à définir. « Ce qu’on appelle la valeur toxicologique de référence […] demande des études épidémiologiques très lourdes qui vont mettre encore quelques années à sortir », précise Marine Latham.

Atmo Auvergne-Rhône-Alpes 50 ans nouveaux défis
Marine Latham

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Le climat et l’air : deux destins intimement liés

L’autre grand défi du plan 2026-2031 réside dans l‘impact direct du dérèglement climatique sur l’air que nous respirons. L’ozone, par exemple, est une pollution photochimique qui prolifère lors des vagues de chaleur et d’ensoleillement intense. Les épisodes de canicule de plus en plus fréquents aggravent mécaniquement ce phénomène.

De plus, le réchauffement global amène des pollutions exogènes inédites et spectaculaires. L’observatoire a ainsi relevé que certains pics de pollution majeurs enregistrés en 2025 en Auvergne-Rhône-Alpes provenaient… de fumées transportées depuis les grands incendies du Canada ou de l’accélération des nuages de poussières désertiques du Sahara, poussés par la modification des flux d’air mondiaux.

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Le grand paradoxe : un air plus propre mais moins de financements pour ATMO Auvergne-Rhône-Alpes

C’est le « point noir » qui assombrit cet anniversaire : Atmo Auvergne-Rhône-Alpes voit ses recettes fondre de 9 % cette année. La raison ? L’institution est financée au tiers par la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP). Paradoxalement, puisque les industries régionales polluent moins, elles paient moins de taxes, privant l’observatoire de ressources indispensables au moment même où ses missions s’élargissent.

Face à cette situation, Éric Fournier, président d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, tire la sonnette d’alarme et refuse que l’on punisse la vertu.

« On peut y voir un point positif : c’est qu’on pollue moins. Donc on paie moins, ça c’est très vertueux. Par contre, il y a un deuxième facteur qui lui est négatif : c’est que l’assiette de contribution tend à baisser, ce qui est malheureusement un indicateur de la désindustrialisation […]. Du coup, on a plus de mal à financer nos dispositifs de service public. »

Rappelant que la pollution de l’air reste responsable de 40 000 morts par an en France, Éric Fournier refuse de « casser le thermomètre ». Il milite activement auprès des parlementaires pour concevoir un nouveau modèle économique.

L’ambition est de diversifier les sources de revenus. Notamment via la création d’un fonds de dotation. Ou des conventions spécifiques avec des acteurs locaux. A l’image du partenariat noué avec les Hospices Civils de Lyon (HCL) pour lier plus étroitement les enjeux de l’air et de la santé publique.

Eric Fournier et Marine Latham
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Rendre la pollution visible au quotidien

Pour fêter ses 50 ans et sensibiliser les citoyens, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes souhaite s’ancrer encore plus dans le paysage urbain. À Lyon, la Tour Incity s’illumine chaque soir aux couleurs de l’indice de l’air du lendemain.

Désormais, ce dispositif s’étend. La station de mesure historique située le long du boulevard périphérique à Villeurbanne (juste avant la Porte de Cusset) s’éclaire aussi la nuit. Un signal lumineux fort et citoyen pour rappeler à chacun que la qualité de l’air reste un combat de chaque instant pour les 50 prochaines années.

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