L’appel au bénévolat de Bernard Devert

Bernard Devert

Chaque mois, retrouvez sur Lyon Demain l’édito de Bernard Devert

Chaque mois, Bernard Devert nous fait part de sa réflexion sur la société qui nous entoure avec son lot d’espoir et d’inquiétude… Dans cet édito, le président-fondateur d’Habitat et Humanisme a choisi pour thème : « La longévité de la vie, une chance trop souvent blessée par la solitude ». Un appel au bénévolat…

Le grand âge fait peur, perçu parfois comme un naufrage. Qui n’entend pas les SOS exprimés avec une telle pudeur qu’ils sont silencieux ou par ces visages dont les rides laissent entrevoir l’inquiétude de ces rives qui s’approchent.

Toute vie n’est-elle pas confrontée à ce risque. L’accepter est une aventure, faite de tempêtes à affronter, accompagnées dans les jours difficiles d’inévitables angoisses.

Je pense à ces personnes entrées dans ces maisons qu’on nomme EHPAD, un établissement, alors qu’il s’agit d’un lieu qui dit la fragilité appelant des relations de tendresse.

Au cours de ces derniers mois, tout a été dit sur ces maisons qui appellent, sans aucun doute, des transformations ; réalisées, elles permettront d’être mieux acceptées. Jamais, personne ne fera le choix de l’Ehpad ; il est subi en raison de la dépendance physique, psychique et des situations affectives, assombries pas le deuil et la solitude, cette faucheuse de la qualité de la vie.

Tout a été également dit et bien dit sur l’urgence d’un plus grand nombre de soignants dans chacune de ces maisons de soins ; la réponse a été donnée : 5 à 6 personnes supplémentaires, d’ici à 5 ans, pour chacune d’elles.

Est-il vraiment possible de demander chaque jour et au fil du temps, la même qualité de soins sans que jamais ces acteurs d’humanité ne bénéficient d’un prendre-soin. La rémunération devrait y contribuer mais pas seulement. Une autre attente se fait jour.

Le taylorisme ne devrait avoir de place nulle part ; il est intolérable dans les espaces de soins.

Une des critiques faites aux Ehpad est un coût en rupture avec le montant des retraites. Aussi, s’impose une maîtrise des charges. Une des clés qui ne sera pas non plus étrangère au mieux-être des soignés et des soignants est le bénévolat. Il n’est pas la réponse mais n’y sera pas indifférent.

Il apparaît nécessaire aux soignants, aux familles de libérer du temps pour écouter ceux qui, au soir de leur existence, sont enfermés dans un silence pesant et oppressant. Ils ne disent rien, non parce qu’ils n’ont rien à dire, mais parce qu’ils ne savent pas comment le dire, s’évaluant déjà dans un temps que ceux du ‘dehors’ peinent à comprendre.

L’histoire de nos aînés a figure de ces hautes vagues ; elles sont porteuses de ce qu’il leur a fallu vivre avec les deuils, solitudes, heurts de la vie qui les submergent. Comment s’en sortir si ce n’est par un travail de libération, par là même d’expression ; il doit donner la place à ce qui a été fécond, grand, fût-il tragique. Le fait d’avoir surmonté les épreuves n’est pas sans donner, redonner de l’estime de soi et par là même d’émerveillement : l’être plus grand que ce qu’il pense.

Quand la mémoire donne à habiter ces heures, un autrement se fait jour.

A dessein, est retenu le mot ‘travail’, s’agissant de bâtir pour faire du neuf en synergie avec les soignants. Il s’agit d’écouter, d’entendre, d’apprendre et de comprendre. Une charge difficile mais passionnante. Les soignants sont demandeurs d’une telle approche s’ils y participent.

Ceux qui voudront bien me lire, m’entendre, mais aussi me comprendre, accepteraient-ils, quels que soient leur âge, leur situation, de s’investir dans cette mission ; elle conduit à s’approcher du ‘porche du mystère’ auquel on n’accède que si on se fait proche de ceux qui se taisent, vivant intérieurement, parfois avec souffrance, la grande énigme de la vie qui en interroge le sens.

Il faut être sourd pour ne pas entendre cette interrogation : pourquoi suis-je là, encore là ?.

Quelle réponse ; j’ai la faiblesse de penser qu’elle n’est pas étrangère à l’écoute pour apprendre à accepter, dans un silence partagé, l’inachevé de toute vie. Ce manque, mieux accueilli, se révèle alors source d’un inattendu.

Si cette proposition vous parle, accepteriez-vous d’entrer dans cette aventure qui construit du sens.

Le site Habitat et Humanisme

Le bénévolat chez Habitat et Humanisme

Ecoutez aussi : « Exil exode, quelle convergence ? » Bernard Devert

Bernard Devert
A propos Gérald Bouchon 2845 Articles
Pionnier des radios libres, passionné de radio, journaliste et dirigeant de médias éco-responsables..

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