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Accessible Mobility Europe : Antoine Durand direction Barcelone

Accessible Mobility Europe

Publié le mercredi 07 janvier 2026 00:28

Par Gérald Bouchon

En 2026, Antoine Durand poursuit son engagement pour l’accessibilité, en France et en Europe, à travers un nouveau projet associatif : Accessible Mobility Europe. Direction Barcelone l’été prochain… Détermination, optimisme et toujours une envie de faire bouger les lignes !

Porteur d’une myopathie de Duchenne, Antoine Durand, infatigable, a fait de la mobilité son cheval de bataille. Après avoir dénoncé les failles du métro lyonnais, il s’apprête à rallier Barcelone en 2026 pour importer en France les meilleures solutions d’inclusion.

La myopathie de Duchenne est une maladie neuromusculaire qui entraîne une dégénérescence progressive de l’ensemble des muscles, Antoine se déplace en fauteuil roulant électrique et vit sous assistance respiratoire. Entouré par une équipe d’auxiliaires de vie…

Mais loin de s’apesantir sur son handicap, Antoine Durand passe à la vitesse supérieure avec son nouveau projet : Accessible Mobility Europe. Son objectif ? Identifier les métropoles européennes les plus exemplaires en matière d’inclusion pour bousculer le modèle français.

L’exemple de Barcelone

C’est vers Barcelone qu’il tournera son regard l’été prochain. La capitale catalane est mondialement reconnue pour son accessibilité « universelle ».

Ecoutez le podcast

Accessible Mobility Europe

Retranscription de l’interview

GB : Bonjour Antoine Durand.

AD : Bonjour.

GB : Antoine Durand, vous avez créé tout récemment une association Accessible Mobility Europe. Est-ce que vous pouvez nous dire l’esprit de cette association l’an 1901 ?

AD Moi j’ai l’occasion souvent de voyager en Europe et le constat que j’ai fait c’est que en terme d’accessibilité des transports, il y a des très gros écarts selon les pays. Vraiment il y a des pays qui font bien mieux que la France. Que Lyon…il faut que les personnes puissent se déplacer facilement non seulement à Lyon mais à l’échelle française et même européenne. En Europe, il y a à peu près 150 millions de citoyens qui sont en mobilité réduite. Pour lesquels la liberté de circulation n’est pas totalement garantie. Donc c’est pour ces personnes que je veux agir. C’est peut-être un peu ambitieux mais c’est important de partager ce qui fonctionne dans les meilleures villes d’Europe

Accessible Mobility Europe : pour une feuille de route européenne

GB :L’objectif c’est de trouver de l’inspiration dans des villes européennes. Est-ce qu’on sait déjà quelles sont les villes qui sont en bonne élève ?

AD : Moi j’ai beaucoup voyagé en Europe. J’ai vu qu’il y a des villes modèles. Je pense à Barcelone bien sûr, Berlin, Vienne en Autriche. C’est vraiment très facile de circuler. Quand on est au Pays-Bas, par exemple, il n’y a même pas de questions à se poser. C’est-à-dire qu’on veut aller à un point B, il n’y a pas de soucis. Donc c’est en partant de ces exemples-là que je veux étudier un peu les bonnes pratiques, les recettes, pour effectivement établir une feuille de route européenne. Que les différents pays puissent appliquer pour garantir une vraie circulation pour tous et toutes.

GB : Vous avez déjà fait un voyage cet été à travers l’Europe en visitant plusieurs villes, est-ce que vous pouvez nous en parler ?

AD : Alors j’ai été en Roumanie, à Bucarest. J’ai été en voiture avec deux de mes auxiliaires et deux chauffeurs. Et effectivement, j’ai constaté que c’est moins accessible que la France. C’est un pays de l’Est, qui n’a pas du tout le même niveau de vie que la France. L’accessibilité n’était pas accessible, mais elle était pas inexistante non plus. J’ai pu prendre le bus assez facilement. A Bucarest, j’ai eu d’ailleurs le même problème d’ascenseur qu’à Lyon. Comme quoi c’est un problème européen. Le niveau des maintenance des équipements est problématique un peu partout actuellement. Alors, effectivement, il n’y a peut-être pas beaucoup d’accessibilité. En revanche, les personnes m’ont beaucoup aidé. Et ça atténue beaucoup les difficultés.

Sensibiliser le public et mobiliser les élus

GB : Ça tient à quoi le fait qu’une ville soit accessible ou pas ?

AD : Au niveau technique, il doit y avoir un effort de fait pour les personnes à mobilité réduite, mais ça tient aussi à l’attitude des usagers, à l’éducation des gens. Par exemple, ne pas utiliser l’ascenseur quand on n’en a pas besoin. Ce qui aide pas mal la maintenance et maintient le bon fonctionnement des équipements. Voilà, c’est aussi la volonté des élus qui compte »

GB : Il y a des villes qui communiquent autour de l’accessibilité et la Métropole de Lyon en fait partie. On a vu ces affiches vantant l’accessibilité du réseau TCL. Pour vous, il manque quand même quelque chose dans toutes ces villes d’Europe ?

AD : En France, déjà, il y a une question de volonté politique, je pense. On est en retard. A Lyon, c’est pas trop mal. Paris ça reste catastrophique, par exemple le métro ? J’ai l’impression que c’est souvent la volonté politique qui importe. Plus qu’une question de moyens financiers. Quand la volonté politique existe, les moyens on les trouve. Mais il y a aussi la une question de savoir si l’on privilégie le développement du réseau ? ou si on veut un réseau très accessible. À un moment, j’ai l’impression que le choix est quand même de faire grossir le réseau. Or, il ne faut pas oublier la qualité des services qui est tout aussi importante. Mais je pense que le SYTRAL en a bien pris conscience. Les nouvelles mesures qui sont prises pour les ascenseurs et les escalators vont porter leur fruit, même si ça va prendre un peu de temps.

Garantir la liberté de circuler pour tous

GB : Vous défendez le fait qu’il faut que les personnes qui sont en situation de handicap aient une liberté de choix en matière de transport, c’est ça ?

AD : C’est important effectivement d’avoir la liberté de se déplacer. De se déplacer de la manière dont on souhaite, que ce soit en transport en commun, en voiture, à vélo. Moi-même j’utilise aussi les pistes cyclables. C’est assez pratique pour se déplacer. Pour moi la liberté de se déplacer, évidemment c’est un point fondamental. C’est accéder à la fois au travail, à la scolarité, aux études. La vie sociale, le fait de pouvoir se soigner, et même aussi la question de la citoyenneté, avec les élections qui approchent. Et tout le monde doit absolument avoir le choix pour permettre aux gens d’adopter le mode qui leur semble le plus pratique. Et sans avoir l’impression d’être constamment freiner par leurs conditions ou par un handicap.

GB : Quelle est la place de l’innovation technologique ? Vous, en tant que personne, vous avez des innovations aujourd’hui sur votre fauteuil qui sont énormes. Est-ce que dans l’espace public, on peut envisager aussi ce genre d’innovation.

Des innovations qui changent la vie

AD : Ce sont des innovations qui ont complétement changé ma vie. Par exemple, pour piloter un ordinateur, j’ai un système de contrôle avec les yeux, extrêmement efficace et je suis même plus rapide. Je pense par exemple aux gens qui s’équipent avec des fauteuils électriques, ça change complètement. Ils peuvent se déplacer facilement. Ils n’ont même plus besoin de transport en commun. Parce que c’est plus efficace de se déplacer sur la piste cyclable aujourd’hui qu’en voiture ou en transport en commun. Il y a des innovations qui changent complètement la vie des gens, et bien sûr, il faut aussi miser là-dessus. Le système de guidage pour les non-voyants, avec la technologie GPS, ou le scan de l’environnement, ce sont des choses qui changent complètement l’expérience en terme d’accessibilité pour les non-voyants. Cela permet de se passer de systèmes plus lourds, comme par exemple les systèmes de guidage au sol.

GB : On va rappeler ce que c’est votre handicap, c’est la maladie de Duchène, c’est ça ?

AD : oui la maladie de Duchenne, donc c’est une maladie génétique qui fait que je perd progressivement ma force musculaire. Mais avec les outils que j’ai, les super auxiliaires de vie qui m’accompagnent, et toute la technologie dont je bénéficie. Je mène vraiment la vie que je souhaite, je me déplace. Mais c’est pour ça que les aménagements pour se déplacer sont si importants.

GB : Quand on vous suit sur les réseaux sociaux, on est toujours émerveillé par le fait que vous soyez toujours toujours positif. On peut être aujourd’hui une personne avec un handicap lourd comme le vôtre et avoir des projets.

Ecoutez aussi : Antoine Durand : « Le handicap n’est pas une barrière »

Savoir accepter son handicap

AD : C’est en tout cas ce que je défends. En fait, le handicap, c’est tout dans la tête. Peu importe qu’on soit handicapé ou pas. La question c’est surtout de savoir l’accepter parce qu’on n’a pas le choix et de savoir qu’est-ce qu’on en fait. Moi je n’ai jamais de limite par rapport à la vie à ma tête et aujourd’hui, je suis vraiment la vie que je veux et la vie est passionnante. Je veux vraiment aider la société et partager sur les réseaux pour aider à la fois d’autres personnes comme moi. Mais aussi aider le grand public pour aller plus loin.

GB : Plus que votre handicap, finalement, c’est le regard des autres qui vous gêne. J’ai vu un de vos derniers coups de gueule, c’était « je ne suis pas une espérance de vie » .

AD : Moi, c’est une erreur. Les gens ont des apriori. Ils jugent des situations qu’ils ne connaissent pas. Des gens qui ne s’imaginent vraiment pas qui je suis. Parce que j’ai une espérance de vie basse, je serais forcément malheureux. Les apparences sont bien souvent trompeuses.

Un nouveau projet associatif : Accessible Mobility Europe

GB : Durant l’année écoulée, vous avez fait plein de choses. Vous avez fait un défilé de mode, vous avez fait un voyage, vous envisagez un autre voyage ?

AD : Oui effectivement, en 2026, dans le cadre de mon projet associatif justement, on a décidé que j’allais passer un mois à Barcelone avec mon équipe pour expérimenter une situation de handicap. Parce que cette ville est une ville totalement accessible et très inclusive pour les handicaps. Donc c’était un rêve pour moi de vivre à l’étranger cette expérience-là. J’ai réussi à trouver un système. Les auxiliaires feront des allers-retours. Moi je resterai toujours à Barcelone pour comprendre les leviers de l’accessibilité. En rencontrant des bons acteurs locaux spécialistes de ces questions. Et puis je vais aussi en profiter de l’été, aller à la plage tous les soirs, donc profiter de cette ville ».

GB : Vous allez revenir avec plein d’expériences, plein d’idées. Quels sont les moyens que vous avez pour diffuser cette connaissance après ?

AD : Je pense que je vais produire du contenu vidéo. J’ai envie aussi de faire une espèce de livre blanc, avec des bonnes idées qui peuvent être remises aux élus locaux, notamment ceux qui sont en charge de la mobilité. Et puis après, effectivement, il y a mon réseau qui est important et qui devrait m’aider à faire bouger les choses, déjà à Lyon, à l’échelle française, et si on rêve, eupéenne.

Ecoutez aussi : Every Bodies : « Plus on parle du handicap, plus on le banalise »

Accessible Mobility Europe
Antoine Durand et Olwen, assistante de vie et secrétaire de l’association Accessible Mobility Europe
Gérald Bouchon

Gérald Bouchon

Pionnier des radios libres, passionné de radio, journaliste et dirigeant de médias éco-responsables..

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